Il est vrai que ce sont les grands oubliés des débats et réflexions autour de la famille et de l’enfance. Comme le rappelle l’Unaf on compte “près de 6,7 millions de pères d’enfants mineurs (sans compter tous les autres), et pourtant on les entend peu, et rares sont les études qui traitent de la paternité”. Or, quand on les écoute, ils disent avoir l’impression qu’on ne s’intéresse pas (ou mal) à eux. Et nombre d’entre eux qui s’impliquent déjà auprès de leurs enfants, aspirent à s’impliquer davantage. C’est pourquoi après leur avoir consacré une étude en juin 2016, “Etre père aujourd’hui” (www.unaf.fr), l’Unaf vient de leur consacrer un colloque pluridisciplinaire dont sont issues plusieurs préconisations.

Outre de permettre aux pères de faire valoir leurs aspirations, la démarche entend répondre à “l’intérêt des enfants, car la qualité et le maintien du lien avec les deux parents est un droit et une richesse”. L’Unaf y voit aussi un “enjeu d’égalité femmes-hommes car des pères plus investis dans la vie familiale ce sont aussi des mères qui pourront davantage s’appuyer sur les hommes et repenser plus librement leur place au sein et en dehors de la famille”.

Ainsi, le 11 octobre, le colloque sur la « Place des pères » proposait-il trois tables rondes aux participants : « Nouveaux pères, un modèle en construction », « Paternités à l’épreuve » et « Quels temps pour les pères ». À l’issue des débats auxquels participaient sociologues, anthropologues, autres experts et représentants des pères, la directrice générale de l’UNAF, Guillemette Le neveu, a présenté plusieurs propositions d’action autour de trois objectifs.

D’abord, celui de changer les mentalités pour que les hommes soient davantage considérés comme des parents. Car, a-t-elle précisé, la majorité des pères ont le sentiment que la société considère le rôle du père comme moins important que celui de la mère. Et d’ailleurs, les parents interrogés témoignent qu’en cas de séparation l’Ecole considère la mère comme son interlocuteur « naturel » en « oubliant » le père, et ce même lorsque l’enfant a sa résidence habituelle chez son père. L’UNAF propose donc de former les professionnels à intégrer systématiquement les pères dans la relation parents/professionnels autour de l’enfant : enseignants, professionnels du soutien à la parentalité, métiers de la justice familiale, professionnels de santé. Cette dimension pourrait concrètement être intégrée dans le référentiel du plan de formation des professionnels de la petite enfance qui doit être élaboré par le Conseil de l’Enfance (HCFEA).

Deuxième objectif à favoriser selon l’Unaf : le rééquilibrage de la répartition des tâches parentales en encourageant les pères. Comme elle l’a rappelé, “si l’implication des pères auprès de leurs enfants a augmenté en termes de temps passé (il a doublé en 25 ans), les femmes consacrent toujours plus de temps à leurs enfants : 91 minutes par jour pour les mères, contre 41 pour les pères”. En cause, les contraintes professionnelles et financières qui pèsent sur le temps des pères. Près de la moitié des pères regrettent de ne pas disposer de suffisamment de temps pour s’occuper de leur enfant, les ¾ de ces pères invoquent leurs contraintes professionnelles. En outre 57 % des pères qui ne veulent pas prendre un congé parental citent comme motif le faible niveau d’indemnisation. Enfin, seuls 68 % des pères ont recours au congé paternité, avec de très fortes disparités : 88 % dans la fonction publique, 80 % en CDI mais seulement 32 % chez les indépendants”. C’est pourquoi l’UNAF propose “d’imposer, dans la négociation sociale en entreprise, la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle des salariés parents comme un sujet obligatoire et spécifique. Elle préconise aussi de promouvoir et assouplir le congé paternité (fractionnement de droit, facilitation des changements de dates, allongement de la protection contre le licenciement) dans les entreprises, pour les indépendants. Enfin, pour l’Unaf il faut rendre le congé parental (et son partage) attractif en augmentant son indemnisation (PréPare) jusqu’au niveau des indemnités maladie durant au moins 8 mois, dont 4 réservés au père.

Troisième objectif à atteindre selon les conclusions du colloque : maintenir et sécuriser le lien paternel quand il est fragilisé. “Sur les 1,4 million de jeunes de 18 à 24 ans qui ont des parents séparés, un sur quatre déclare ne plus avoir de relation avec son père” selon l’Unaf. Et la moitié des pères interrogés pensent que la justice familiale ne prend pas de décisions « justes » concernant la résidence des enfants chez le père ou la mère, en cas de séparation.

C’est pourquoi l’Unaf préconise de faciliter les conditions de révision de la décision judiciaire initiale concernant le lieu de résidence habituelle de l’enfant. “Les médiateurs familiaux pourraient être des acteurs importants pour accompagner les parents dans cette réflexion. En effet, ils sont en position de préparer avec eux de nouveaux accords (dans le cadre de médiations conventionnelles) ; ces accords peuvent faire ensuite l’objet d’une homologation par le juge aux affaires familiales”.

Il serait également souhaitable, selon elle, de “rendre accessibles les aides au logement  pour le parent qui a des revenus faibles et qui n’a pas la résidence habituelle de l’enfant, sans toucher aux allocations du parent qui a la résidence habituelle de l’enfant”. Ou encore de “généraliser l’accès à des logements « temps partagé » pour les parents qui n’ont pas la possibilité matérielle d’accueillir leur enfant”.

 Retrouvez l’ensemble des préconisations du colloque et l’étude “Être père aujourd’hui“ sur : www.unaf.fr