Sens et repères méthodologiques

L’ Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE) vient de sortir un livret très intéressant et unique en son genre sur les repères méthodologiques après la survenue d’un événement dramatique en protection de l’enfance. La survenance d’un tel événement touchant un enfant constitue une expérience complexe pour les acteurs concernés par la situation. Au-delà des sentiments et ressentis qu’elle peut susciter auprès des professionnels, cette expérience confronte le secteur entier de la protection de l’enfance à la nécessité d’apprendre des situations difficiles dans une perspective de prévention et d’amélioration des pratiques. Centrée sur la prise en compte spécifique de l’enfant, la démarche de retour sur événement dramatique poursuit l’objectif de comprendre ensemble ce qu’il s’est passé, pour identifier les éléments qui ont contribué à la survenance du drame. Le livret précise le sens et les objectifs de la démarche, avant d’en expliciter le déroulé, au travers d’exemples d’expériences françaises et étrangères.

www.onpe.gouv.fr

La prévention de la radicalisation par la prévention spécialisée : partage d’expériences

Avec la publication de ce second guide de partages d’expériences, le Comité national des acteurs de la prévention spécialisée (CNLAPS) réaffirme son engagement et son exemplarité dans la politique de prévention contre la radicalisation. Ce document met à jour les pratiques d’accompagnement, aborde et approfondit notamment le travail avec les jeunes, avec les familles, la construction du filet social et du partenariat. Sont également examinés les liens avec la prévention spécialisée, les trajectoires et les parcours d’accompagnement, les conditions de réussite et les freins à cet accompagnement.

www.cipdr.gouv.fr

La CIDE : une boussole pour la protection de l’enfance ?

Dans la perspective des 30 ans de la Convention internationale des Droits de l’enfant (CIDE) une table ronde était organisée le 26 septembre par SOS Villages d’Enfants France sur le thème “Qualité de l’accompagnement en protection de l’enfance : les droits de l’enfant comme levier”. Cet événement, parrainé par Brigitte Bourguignon, a permis de rappeler la nécessité d’intégrer les principes de la Cide aux pratiques et aux politiques en direction de la jeunesse.

En parallèle, paraissaient Les Cahiers de SOS villages d’enfants  N°9 qui mettent en lumière le chemin qui reste à parcourir pour que les textes soient appliqués et les engagements des états tenus. Ils appellent à l’adoption et au développement d’une approche de la protection des enfants fondée, avec eux et pour eux, sur les droits de l’enfant (voir aussi page 30 et suivantes de ce numéro). Ce numéro bénéficie de la contribution de Geneviève Avenard, Défenseure des enfants, qui a accepté de nous faire partager, au fil des chapitres, son point de vue et son expertise.

Enfin, plusieurs grandes organisations dont SOS Villages d’enfants, La Croix-Rouge, l’Uniopss, le groupe SOS, Apprentis d’Auteuil, l’Unicef, et beaucoup d’autres, se sont rassemblées dans la Dynamique “De la convention aux actes” à l’occasion des 30 ans de la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CIDE) pour porter ensemble des messages de plaidoyer pour une meilleure effectivité des droits de l’enfant en France et à l’international en direction des décideurs publics mais aussi de sensibiliser le grand public à ces enjeux. Les Actes issus de cette Dynamique qui ont été remis aux décideurs publics le 20 novembre lors d’une belle soirée au Théâtre du Merveilleux à Paris, sont consultables sur :

https://www.delaconventionauxactes.org/la-dynamique/

L’avenir du Médico-social et de la protection de l’enfance : les départements font connaître leurs attentes

Au lendemain de son 89e Congrès annuel qui se tenait à Bourges entre les 16 et 18 octobre, l’Assemblée des Départements de France (ADF) a fait connaître les dossiers prioritaires sur lesquels elle entend se mobiliser et ses attentes à l’égard du gouvernement. Parmi elles un certain nombre touchent au médico-social et à la protection de l’enfance.

L’ADF plaide pour la création d’Agences départementales des solidarités

Pour l’ADF il s’agit d’abord de poser ses jalons à l’aune de la nouvelle phase de décentralisation sur laquelle le gouvernement travaille avec un projet de loi prévu pour la fin du premier semestre 2020. Comme elle le rappelle, “le bloc social départemental connaît un contexte particulier : son financement est difficilement assuré et son pilotage départemental est régulièrement remis en cause. L’état, paradoxalement reporte sa responsabilité et sa charge sur les départements”. En conséquence l’ADF souhaite, après expérimentation, le déploiement d’“Agences départementales des solidarités” placées sous le pilotage des conseils départementaux pour assurer la coordination locale des acteurs publics et privés, et simplifier le parcours de l’usager. Pour plus de cohérence aussi entre besoins et ressources en matière de travail social, l’ADF propose de récupérer auprès des Régions une délégation de l’organisation des formations du secteur social.

Concernant la politique de la Famille : l’ADF souhaiterait que soit réorganisée l’articulation des relations entre les départements et les Caisses d’allocations familiales (Caf). En la matière, l’ADF est ouverte à un éventail d’hypothèses allant de l’attribution de sièges pour les départements aux conseils d’administration des Caf à la reprise partielle de certaines missions des Caf, jusqu’à l’absorption des Caf par les Départements.

En ce qui concerne la protection de l’enfance, l’ADF rappelle d’abord l’attachement des départements à cette politique et leur investissement : “Cette compétence confiée aux départements depuis les premières lois de décentralisation (dès les années 80), constitue le cœur de leurs politiques sociales, à laquelle ils consacrent 7,8 milliards d’euros annuels, charge financière qui ne cesse d’augmenter et mobilisent des moyens humains à la hauteur de l’enjeu. En effet, le placement sur décision judiciaire représente toujours la principale dépense (plus de 80 % du total) et son poids financier continue de croître”.

Protection de l’enfance : un dispositif et des professionnels qui souffrent, reconnaît l’ADF

Avant de faire ses propositions l’ADF rappelle le contexte de saturation des structures d’accueil et d’un dispositif qui souffre, “comme souffrent les collaborateurs sociaux des départements” qui par ailleurs se sentent injustement malmenés “à la suite de reportages ou déclarations qui jettent le discrédit sur le secteur”.  Elle rappelle cependant que professionnels et élus départementaux n’ont pas manqué de s’impliquer dans les différents chantiers ouverts récemment : missions parlementaires, Igas, démarche de concertation du secrétariat d’état chargé de la protection de l’enfance…Elle affirme que “les départements entendent évidemment poursuivre leur action déterminée auprès des mineurs en danger” et c’est “en renforçant leurs politiques de prévention, et ce, dès le plus jeune âge de l’enfant”.

Concernant la  Protection Maternelle et Infantile (PMI), l’ADF a fait savoir au gouvernement qu’elle doit demeurer une compétence départementale et être élargie avec la reprise par les départements de la santé scolaire, des 3 à 16 ans, sous condition de ressources transférées. Dans le cas d’apports financiers consentis par l’état pour renforcer les actions de PMI il sera demandé que la gestion de ces moyens supplémentaires revienne aux départements et non via des crédits délégués aux ARS. En contrepartie, les départements cesseraient la délivrance des agréments pour les établissements.

Les départements demandent plus de moyens pour la pédopsychiatrie et les Maisons des adolescents. Par ailleurs en matière de santé, l’ADF attend un engagement accru de l’état. D’abord en direction de la pédopsychiatrie qui “est aujourd’hui exsangue”, avec “des moyens très insuffisants alors que la situation de près d’un tiers des mineurs confiés à l’ASE requerrait un soutien clinique”. Elle rappelle que “les temps d’attente pour une intervention pédopsychiatrique peuvent atteindre jusqu’à une année. Or, les mineurs victimes de troubles psychiatriques réclament une réponse adaptée que ne peut fournir l’Aide sociale à l’enfance”.

Ensuite, en faveur des maisons des adolescents qui “devraient faire l’objet d’un soutien renforcé tant leur action est décisive, à un âge de grande fragilité potentielle pour certains jeunes”.

Enfin, dernier sujet et pas des moindres : les mineurs non accompagnés. L’ADF rappelle d’abord que le nombre de mineurs pris en charge par les services de l’ASE a été multiplié par 4 depuis 2015 avec alors 10 194 MNA à l’ASE contre 25 904 fin 2017, et plus de 40 000 fin 2018 (dont 10 000 jeunes en accueil provisoire). Selon les territoires, ils représentent entre 15 et 20 % des mineurs pris en charge au titre de l’ASE. En 2018, sur 60 000 évaluations complètes réalisées par les départements, les 3/4 des jeunes migrants se présentant comme mineurs isolés se sont finalement avérés majeurs, précise l’ADF.

“Le coût global de leur prise en charge s’est élevé à près de 2 milliards d’euros en 2018, précise l’ADF. Le dispositif est devenu trop lourd, tant pour les finances des départements que pour le personnel social, débordé par les demandes et par des tâches qui ne relèvent pas de ses compétences (comme le contrôle documentaire)”. Les négociations entre l’ADF et le gouvernement de 2018* ont débouché sur une participation financière de l’état loin d’être à la hauteur des attentes des départements, celui-ci ne prenant en charge au bout du bout“ que 14% des 2 milliards dépensés pour cette politique par les Départements”.

Dans ce contexte, l’Assemblée des Départements de France  réclame une “séparation claire entre, d’une part, l’accueil, l’évaluation et la mise à l’abri des jeunes migrants par l’Etat sur un mode identique aux demandeurs d’asiles et, d’autre part, la prise en charge par les départements des mineurs au titre de l’ASE, sur décision judiciaire, une fois leur minorité et leur isolement établis”. Elle demande également “une participation accrue de l’état au financement de l’accueil et de l’accompagnement des MNA au titre de la protection de l’enfance ; Une politique pénale claire avec le démantèlement et la répression des filières comme priorités ; Une remise en cause de la présomption de minorité et de la présomption d’authenticité des actes, qui fondent aujourd’hui l’orientation des jeunes vers l’ASE ; Le déploiement du dispositif d’aide à l’évaluation de la minorité (AEM) permettant notamment d’éviter les évaluations ou réévaluations ; Le renforcement de la formation des différents acteurs car le dispositif actuel montre de sérieuses lacunes”.

Lien : www.departements.fr

Délaissement parental : la Conférence à ne pas manquer

Encore trop d’enfants restent des années durant, dans un entre-deux – celui d’un délaissement plus ou moins manifeste des parents mais d’une absence de reconnaissance formelle de ce délaissement – qui les laisse dans un sentiment permanent d’insécurité, dans l’incompréhension et avec des souffrances qui pourraient être atténuées si d’autres perspectives familiales leur étaient offertes au cours de leur enfance. 

La dernière réforme de la protection l’enfance a prévu un dispositif pour faciliter le travail des professionnels sur ces questions. Reste que pour les acteurs éducatifs de services d’accueil (Mecs, Foyers de l’enfance, accueil familial) l’accompagnement de ces enfants délaissés est particulièrement complexe au quotidien comme dans l’appréhension de leur avenir. En ce qui concerne les services de protection de l’enfance départementaux, comme les magistrats, reconnaître que tel ou tel parent ne peut pas ou ne pourra plus exercer véritablement son autorité parentale reste sans doute l’un des actes professionnels les plus difficiles à poser.

C’est pourquoi l’Ecole de la Protection de l’Enfance (créée par l’Action Sociale société organisatrice des Assises de la Protection de l’Enfance) propose une conférence exceptionnelle à la Maison de la Chimie à Paris le 14 janvier prochain sur cette thématique, en présence des meilleurs experts cliniques et juridiques sur ces questions : Marie-Paule Martin-Blachais, Philippe Fabry, Elsa Keravel, Philippe Liébert, Anne Raynaud-Postel, ainsi que des professionnels de terrain, des jeunes ayant été placés et en présence de la Défenseure des Enfants, Geneviève Avenard.

Pour consulter ou télécharger le programme de la Conférence, cliquez sur ce lien https://ecoleprotectionenfance.com N’hésitez pas à partager l’information !

Lieu : Maison de la Chimie à Paris 

Renseignements : 01 53 10 24 10

Par L’Action Sociale, société organisatrice des Assises de la Protection de l’Enfance

Assises de la protection de l’enfance 2019 : les Temps forts dans le BPE

Outre la table ronde sur “Médias et protection de l’enfance” le BPE n° 108 qui vient de paraître traite de nombreux autres temps forts des Assises 2019 qui ont eu lieu à Marseille en juillet dernier dont l’intégralité de l’intervention du youtubeur Jhon Rachid qui a grandi en foyer, ainsi que la participation massive de jeunes sortant de l’ASE, en tribune comme en coulisses. Le numéro suivant à paraître en janvier consacrera plusieurs pages à la table ronde sur le “Besoin de repères des professionnels, des jeunes et des familles”, et à l’intervention de Boris Cyrulnik sur les 1000 premiers jours de la vie d’un enfant. Quant aux ateliers, ils seront disponibles bientôt uniquement sous la forme de verbatim sur le tout nouveau site des assises : www.assisesprotectionenfance.fr

Si vous souhaitez acheter ce numéro (PDF ou magazine papier) cliquez ici.

Le Youtubeur Jhon Rachid ovationné aux Assises de la Protection de l’enfance

“Avoir été placé n’empêche pas de s’en sortir, c’est important de le dire aussi … c’est ce que j’essaie de faire avec mon arme, le rire”.

ll est vidéaste, comédien, humoriste, compte 1,4 million d’abonnés à sa chaîne YouTube, 860 000 à son compte Instagram, des centaines de milliers de followers sur Twitter… si vous ne connaissez pas encore Jhon Rachid cela ne saurait durer car il fait de plus en plus parler de lui : en tant qu’artiste mais aussi à un titre plus personnel dans la sphère de la protection de l’enfance. Il se trouve en effet que c’est un “ancien” de l’Aide Sociale à l’Enfance qui après avoir raconté son enfance en foyer dans une vidéo – devenue virale avec 1,7 million de vues -, vient de sortir une bande dessinée sur son histoire : “Comme on peut”.

Il était présent aux 12e Assises nationales de la protection de l’enfance à Marseille lors de la table ronde sur “Médias et protection de l’Enfance”, pour livrer son point de vue d’artiste mais aussi d’individu plus personnellement concerné. Avant son témoignage, un long extrait de sa vidéo “J’ai grandi en foyer” était diffusé devant les 2000 professionnels présents donnant lieu à de nombreuses salves de rire et une longue ovation, laissant la star de YouTube particulièrement émue par la situation.

Retrouvez son puissant témoignage dans le BPE n°108 ou dans la vidéo disponible sur le tout nouveau site des Assises : www.assisesprotectionenfance.fr

Stop à l’ASE-bashing!

Tel est le thème du dossier principal du Bulletin de la Protection de l’Enfance (BPE) qui vient de paraître (N°108) et qui relate un certain nombre de temps forts des Assises de la protection de l’enfance 2019, dont la table ronde (passionnante) consacrée aux médias et à la protection de l’enfance qui est au cœur de ce dossier.

Si les alertes médiatiques autour des dysfonctionnements du système de protection de l’enfance sont indispensables et permettent dans bien des cas de répondre à l’urgence de situations individuelles ou collectives qui n’auraient pas dû exister dans un système de protection, les médias, en particulier grand public, ne savent pas montrer autre chose que ce qui dérape dans la protection de l’enfance. Résultat : aux yeux de l’opinion publique la protection de l’enfance se résume pour l’essentiel à des échecs, des violences, des scandales quand, en réalité, dans la majorité des situations, ce sont plutôt des parcours de vie pansés voire sauvés, des perspectives d’avenir consolidées qu’offre cette politique publique aux enfants concernés…

Peut-on s’accommoder de cette vision tronquée de la protection de l’enfance ? Ne doit-on pas s’inquiéter des effets délétères de cette ASE bashing, à commencer sur les mineurs protégés en contribuant à leur stigmatisation ? De même, à un moment où tous les spécialistes affirment que la protection de l’enfance doit être l’affaire de tous, ne donne-t-on pas, avec cette image d’inopérance de notre dispositif de protection, des arguments à l’opinion publique pour refuser de se mêler des affaires familiales de son voisin ?  Sans parler de la lassitude des professionnels de ce secteur de se voir sans cesse malmenés malgré leur engagement exigeant à un moment où le contexte de leur intervention n’a jamais été aussi complexe sur le plan social et économique.

Comment faire connaître l’autre facette de la protection de l’enfance à l’opinion publique ? Comment mieux communiquer dans les institutions et au sein du travail social pour convaincre les médias de parler autrement de la protection de l’enfance ? Quel rôle peuvent jouer les sortants de l’ASE pour promouvoir une vision plus équilibrée de la protection de l’enfance ? En quoi les médias du divertissement (cinéma, web,…) complètent-ils utilement les vecteurs d’information (cinéma, web,…).

Telles sont les questions traitées dans le dossier du nouveau BPE.

Si vous souhaitez acheter ce numéro cliquez ici.