Diverses personnalités, acteurs de terrain et associations comme Unicef France, signent une Tribune pour inciter les jeunes à appeler le 119

Lyes Louffok, très impliqué dans la démarche, explique qu’il s’agit “de compléter l’action du gouvernement qui a récemment renforcé sa communication sur le 119 en direction des adultes, explique nous avons choisi de cibler un public plus jeune, en espérant que cela permette de signaler davantage d’enfants en danger, et serve aussi à renforcer la connaissance de ce dispositif chez les enfants et les adolescents, dont on sait qu’ils sont prioritaires au 119 et que leurs appels peuvent donner l’alerte, qu’ils soient victimes, témoins ou confidents”.

Leur silence est un cri.
Nous avons 3, 4, 10, 12 ou 15 ans.

Nous sommes 140 000 enfants, probablement plus, exposés à la violence entre nos parents, dans nos foyers. Souvent victimes nous-mêmes, nous sommes deux chaque semaine à mourir. Rien qu’en 2016, 131 des nôtres ont été tués, 67 au sein de leur famille.

Nous sommes officiellement 52 000 chaque année à subir des violences physiques, sexuelles et psychologiques, mais probablement bien plus nombreux qui n’en parlons pas. Plus de 165 000 à subir des viols ou tentatives de viols, souvent d’une personne de notre famille.

Nous sommes des enfants, des adolescents, de tous les milieux sociaux, filles et garçons, victimes de violence.
Alors que nous avons peur dans notre foyer, les mesures qui nous protègent de l’épidémie en cours, dans le même temps nous y enferment et nous mettent davantage en danger. L’isolement actuel rend encore plus difficile à percevoir les signes des violences que nous vivons. Nos écoles sont fermées et la vigilance dont nous bénéficions n’est plus possible.

Notre silence est un cri, entendez-le.”

Ces mots, les enfants ne les disent pas, ils ne s’expriment pas toujours et encore moins dans ces termes d’adultes. Pourtant les adultes doivent les entendre et doivent savoir. C’est pourquoi nous, associations de protection des droits de l’enfant, écrivons ces mots pour eux, pour les protéger. Nous poussons un cri.

Alors que commencera demain la cinquième semaine de confinement, il est peu de doutes concernant le fait que les situations de violences à l’encontre des enfants augmentent dans ces circonstances particulières. Si les chiffres des violences faites aux femmes augmentent de plus de 30%, de tels chiffres ne sont pas connus pour les enfants. On sait toutefois que la violence physique s’abat dans près d’un cas sur quatre sur les enfants du foyer, et qu’ils sont des co-victimes de ces violences, lorsque la violence est indirecte. 80% des violences faites aux enfants ont lieu dans le cadre intrafamilial.

La situation est grave, elle est urgente. Confinés, les enfants voient leurs interactions sociales diminuer et leurs chances de pouvoir confier ce qu’ils vivent, de trouver du répit ou d’être aidés par un adulte bienveillant sont infimes. Les moyens d’alerter sont donc réduits, et les numéros d’urgence dont le 119 prennent encore plus d’importance, ils peuvent dans certains cas être l’unique solution. Pourtant, la première semaine de confinement a été dans la norme voire en deçà du nombre d’appels habituel et depuis, la hausse des signalements reste modérée.

Après le confinement viendra la sortie du confinement, avec des conséquences économiques et sociales importantes, qui risquent de fragiliser les familles et de pérenniser ou d’accroître encore les violences faites aux enfants.

C’est pourquoi la campagne d’information et de sensibilisation que nous lançons s’adresse aux enfants et aux jeunes en utilisant des mots simples afin qu’ils comprennent et en parlent, en caractérisant ce que sont les violences pour les aider à les identifier, en choisissant de communiquer en priorité sur les réseaux sociaux que les adolescents fréquentent et en ciblant la presse destinée aux enfants.

Plus largement, le cri que nous lançons doit être entendu de tous et de toutes : pendant le confinement comme après, il est crucial de redoubler de vigilance et de signaler au 119 tout doute concernant les violences, physiques, psychologiques ou sexuelles dont des enfants pourraient souffrir. On ne dira jamais assez qu’il vaut mieux signaler, au risque de se tromper, plutôt que de laisser un enfant en danger.

#EntendonsLeursCris