On parle peu d’eux alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans des lieux, celui de leur travail, où la violence, la misère humaine, l’angoisse se côtoient souvent sans relâche. “Eux” ce sont les intervenants sociaux en commissariats et gendarmeries (ISCG). Ils sont encore peu nombreux (autour de 350 sur tout le territoire et encore absents dans quelques départements) mais là où ils sont présents ils permettent de prendre en compte des publics confrontés à des situations de détresse sociale (problèmes familiaux et conjugaux, agressions sexuelles, maltraitance, difficultés éducatives, précarité, etc.) face auxquelles policiers et gendarmes se trouvent en général démunis.

Ces travailleurs sociaux se retrouvent au sein de l’Association Nationale de l’Intervention Sociale en Commissariat et en Gendarmerie (Aniscg) créée pour leur permettre d’échanger pratiques et réflexion, et favoriser le développement de leur implantation sur le territoire en assurant une fonction d’observatoire du dispositif. C’est dans ce cadre que l’Aniscg a réalisé durant le premier confinement une enquête sur la perception qu’ont eu les ISCG de l’évolution des situations du public et par ailleurs des adaptations de leurs modes de travail. 50% des professionnels sollicités ont répondu à cette enquête, avec une proportion Femmes (92%) / Hommes (8%) proche de celle du terrain, et une bonne représentation des différents lieux d’exercice (41% en police, 41% en gendarmerie, 18% en mixte).

Sur les contextes de travail, il apparait que “93% des ISCG ont travaillé durant cette période, à quelques exceptions près, en télétravail”. La mise en œuvre du télétravail (notamment avec la question de la possibilité d’accéder aux mails professionnels utilisés sur les adresses police ou gendarmerie) s’est passée sans encombre : “presque 80% des ISCG ont pu accéder à leurs mails dans les jours qui ont suivi la bascule en télétravail, et avant la mi-avril, plus de 90% d’entre eux avaient pu être raccordés à ces éléments essentiels pour le travail quotidien”.

Concernant les entretiens menés avec le public, ce sont 203 entretiens physiques et surtout 7998 entretiens téléphoniques qui ont été menés par 131 professionnels durant la période de l’étude. La pratique de l’entretien téléphonique s’est en effet largement déployée, les ISCG étant bien conscients du travail de lien qu’il était essentiel de faire dans un moment où les personnes étaient confinées, avec parfois seulement l’ISCG comme lien extérieur. Selon l’enquête cette pratique “n’a majoritairement pas posé de problèmes aux professionnels, sauf pour une petite part, parfois, du fait du contexte de travail avec sa famille en proximité”. Dans les points plus nuancés il a été noté parfois, une perte – regrettable – des liens avec les policiers et gendarmes durant la période.

Sur les situations des publics durant ce confinement, l’étude note “qu’il n’y a pas eu, en moyenne, d’augmentation des situations de violences conjugales ou de protection de l’enfance, par rapport à leur activité en temps normal”. Quand on regarde de plus près il est noté une baisse du nombre de situations de violences conjugales, mais leur survenue dans des formes plus graves. Il est en revanche observé une augmentation des conflits conjugaux (hors violence conjugale), en lien avec les effets du confinement et des problèmes d’alcoolisation, d’addictions et de fragilité psychique.

Les tensions parents-enfants ont été majorées dans cette période de confinement, notamment entre parents et adolescents ou encore dans les foyers monoparentaux. Les tensions autour des gardes d’enfant chez les couples séparés ont semble t-il été aussi plus présentes qu’en temps normal du fait des questions liées aux déplacements et aux risques pour la santé des enfants du fait de l’épidémie.

Enfin, des besoins de soutien et d’écoute accentués des différents publics ont été soulignés par la plupart des ISCG dans cette période où les possibilités de contacts étaient réduites.

Sur les enseignements généraux, l’enquête souligne que le télétravail, expérience contrainte par le confinement, a constitué pour beaucoup une découverte très appréciée, quand bien même les ISCG ne souhaitent pas que ce mode de travail soit la norme.  La pratique plus intensive des entretiens téléphoniques a été l’occasion d’amplifier le niveau de maitrise de cette forme de relation avec les usagers mais surtout de retravailler le lien avec les personnes, de remettre cette question en majesté, et pour certains de redécouvrir le sens premier du travail social. 

 “Les données recueillies permettent de mesurer aussi combien la qualité des relations partenariales, qu’elles soient en interne (policiers/gendarmes) ou externes (services sociaux, associations, secteur médical) compte dans le travail quotidien. Et cette période de confinement a permis à chacun de mesurer l’importance de « son » réseau ou d’en constater les manques”, pointe l’Anicsg.

Mais globalement , souligne-t-elle c’est “l’engagement et l’adaptation de toutes et tous, professionnels comme organisations” qui semble avoir marqué cette période. Comme d’autres enquêtes, celle de l’Aniscg montre l’adaptabilité et la créativité dont ont fait preuve les intervenants sociaux durant cette période, “dans ce moment où il fallait tout modifier”.

Cette capacité d’adaptation semble aussi avoir été marquante du côté du public : “ les capacités des personnes à produire, seules ou avec moins de soutiens institutionnels, des réponses adaptées pour trouver leur solution est un élément qui ressort des témoignages de nombreux ISCG. Cela a renforcé dans le regard des ISCG l’importance de s’appuyer sur ces capacités toujours présentes, même chez des personnes fragilisées par des contextes éprouvants”.

En savoir plus : www.aniscg.org