En protection de l’enfance, les accueils d’urgence sont rarement envisagés sous l’angle de la fratrie. Les frères et sœurs sont souvent, de fait, dispersés dans les dispositifs d’urgence existants, le caractère immédiat de ces situations et l’absence de places disponibles ne permettant généralement pas de les accueillir ensemble. Pour répondre aux besoins de ces fratries, et en mettant ses valeurs, son savoir-faire et son expérience au service d’un nouveau cadre d’intervention, SOS Villages d’Enfants a, en 2011, intégré dans son projet associatif un nouveau dispositif : le service d’accueil familial immédiat (SAFI). Dix ans après, le SAFI est présent au sein de six (et bientôt sept) villages d’enfants SOS.

Sécurisant et limité dans le temps, le SAFI a été conçu pour accompagner les frères et sœurs confiés en urgence afin d’éviter d’ajouter au traumatisme de la séparation d’avec les parents, celui de la séparation fraternelle si elle ne s’avère pas nécessaire et leur permettre de ne pas « désapprendre » à vivre ensemble. Le SAFI correspond à un temps et un lieu d’observation et d’évaluation fine de la situation pour décider de l’orientation la plus adaptée à chaque enfant et à chaque fratrie.

Dans des cas de figure suffisamment préoccupants pour que l’accueil soit prononcé avec effet immédiat, le SAFI offre à des enfants présentant d’importantes carences sur les plans sanitaire, affectif et éducatif, un accueil de type familial, similaire à celui du village d’enfant SOS, où la permanence éducative et affective des accueillants crée un climat sécurisant. 

Après une période de trois à quatre mois, dont deux à trois mois d’observation et d’évaluation et un mois pour préparer la sortie du dispositif, les équipes des SAFI préconisent l’orientation qui sera la plus adaptée à chaque enfant et à chaque fratrie, – retour en famille avec suivi ou non, ou accueil à l’ASE, séparé ou conjoint.

Quel que soit le type d’orientation préconisé, – les indications de placement étant majoritaires -, les équipes des SAFI recommandent dans les trois quarts des cas le regroupement des frères et sœurs. C’est ainsi le développement d’un savoir-faire dans l’évaluation des relations fraternelles dans un contexte d’accueil immédiat qui conduit les professionnels, à recommander, dans 25% des situations, une séparation de la fratrie (relations pathogènes ou anxiogènes, absence d’histoire commune, etc.).

L’expérience de ces dix années d’accueil immédiat de fratries a permis à l’association de vérifier que le SAFI répondait à un réel besoin et qu’en l’absence de cette évaluation centrée sur les relations fraternelles, nombre de frères et sœurs n’auraient pas été nécessairement regroupés. Elle montre également qu’il reste du chemin à parcourir : si les Départements suivent généralement ces préconisations, les orientations effectives des enfants à la sortie des SAFI restent tributaires de l’offre disponible sur le territoire, l’absence d’offre adaptée aux fratries prenant alors le pas sur les besoins des enfants.

Dans son dernier cahier, « La dimension fraternelle en protection de l’enfance : une ressource à hauteur d’enfant », SOS Villages d’Enfants revient sur l’évolution du monde de la protection de l’enfance sur la fratrie ainsi que sur les apports de la recherche sur l’accueil conjoint des frères et sœurs en protection de l’enfance. Ce cahier propose également de poser un regard sur l’expérience de l’association et s’interroge enfin, en donnant la parole à des professionnels et à un jeune homme ayant été accompagné, sur la nécessité de repenser l’offre d’accueil pour permettre aux frères et sœurs de grandir ensemble.

 

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